dimanche 5 juin 2011

We need to talk about : We Need to Talk About Kevin

We need to talk about Kevin est un film britannique de Lynne Ramsay, qui nous compte l’histoire des relations difficiles qu’entretiennent une mère et son fils, à l’origine d’une tuerie sanglante dans sa ville. Cette adaptation d'un roman éponyme de Lionel Shriver se présente sous la forme d’une série de flashbacks, tournant autour du personnage d’Eva, mère esseulée, misérable et rongée par le poids du passé, parfaitement interprétée par Tilda Swinton.
Dans une autre vie, Eva était une jeune femme épanouie, ambitieuse et voyageuse. Mais son existence bascule lorsqu’elle décide d’avoir un enfant. Eva sombre alors dans l’angoisse au fur et à mesure qu’elle avance dans sa grossesse, durant laquelle la jeune femme subit plus qu’elle n’accepte les changements de son corps. Ce n’est que le prélude à son destin de mère, celui de subir les caprices enfantins, la personnalité, voire l’existence même de son fils Kevin – un garçon intelligent aux tendances destructrices et manipulatrices qu’elle ne parvient pas à aimer, qu’elle ira jusqu’à maudire et à craindre, et qui causera sa perte.
Où la source de l’horreur se situe-t-elle ? En opposant à la personnalité pour le moins ambiguë de Kevin, les défaillances d’Eva - mère sans amour, qui ne remplit pas son rôle éducateur, ce film a le mérite d’aborder un sujet original et largement tabou : les difficulté que rencontrent certaines femmes au moment d’assumer leur statut de mère, conjuguées à une pression socio-familiale faisant que ce problème peut aboutir à des situations psychologiquement  ravageuses.
Mais We need to talk about Kevin se pose à la charnière entre plusieurs genres ; film dramatique à dimension sociale lorsqu’il nous montre le destin misérable d’Eva et le rejet collectif dont elle est l’objet, il se change en thriller familial proche du huis clos lorsqu’il se focalise sur le jeu malsain que développe le fils envers sa mère au fil des années.
On pénètre alors dans la psychologie de Kevin, dont l’attitude sadique, capricieuse et les pensées nihilistes en font depuis sa plus tendre enfance une caricature de gamin méchant et insupportable, doublé d’un véritable démon à l’intelligence machiavélique. L’enfant manipule son entourage dès sa naissance, et il semble que toutes ses actions, tout son développement personnel, de ses premiers mots à son éveil sexuel, soient dirigés vers un objectif : faire souffrir, pousser à bout sa propre mère. Du moins est-ce le point de vue adopté par la caméra, retranscrivant peut-être ainsi le souvenir subjectif de la mère. Mais c’est, dès lors, également celui proposé aux spectateurs.
Le film profite de la prestation idoine de ses principaux acteurs (Tilda Swinton et la révélation Ezra Miller en tête) ainsi que d’une très intéressante photographie (esthétique hypnothisante, presque bicolore avec des tons grisâtres interrompus fréquemment par un rouge vif symbolisant –un peu grossièrement – les thèmes de la violence, de la vengeance, des souillures provoquées par Kevin).
Cependant, il me semble que Lynne Ramsay se perd un peu lorsqu’elle prend le parti de retracer, tout au long du film, les méfaits de Kevin, à travers les souvenirs d’Eva. Le personnage de l’enfant, trop caricatural, nous laisse sur notre faim, là où on aurait aimé pénétrer plus en profondeur la psychologie d’Eva, les raisons de son rejet de l’enfant. Dans le même ordre d’idée, il est un peu dommage de se concentrer si exclusivement sur les flashbacks à l’ambiance de thriller, d’autant que le suspens est atrophié puisque l’on connaît déjà à l’avance le – tragique - dénouement de cette histoire dans l’histoire.
We need to talk about Kevin est donc un film intelligent et réussi, mais qui ne répond que partiellement à ses propres ambitions en se focalisant trop sur le personnage d’Eva et son regard subjectif sur son propre passé. Un travail plus nuancé sur Kevin (son évolution en prison) ou sur le mari d’Eva auraient, par exemple, pu apporter quelque chose et rendre ce film plus « entier ».
Pierre

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