Un habitué de la croisette, Nanni Moretti ? C’est peu dire, l’air de rien il présentait ici son sixième film en compétition au festival. Il est aussi un habitué des récompenses, après avoir reçu le prix de la mise en scène pour Journal Intime en 1994 , il reçoit en 2001 la palme d’or tant convoitée pour son magnifique film,La Chambre du Fils.Après avoir critiqué Silvio Berlusconi dans Le Caïman en 2006 , le réalisateur italien Nanni Moretti revient au festival de Cannes avec un tableau au vitriol des mœurs du Vatican, transformé en maison de retraite pour vieux ecclésiastiques. Parmi ceux-ci, le cardinal Melville (Michel Piccoli, parfait en Pape désabusé) a le malheur d'être désigné pape. Il tombe immédiatement en dépression, ce qui provoque une crise majeure au sein du Saint-Siège. Si la charge est moins féroce qu'attendue, Habemus Papam demeure un beau portrait d'homme accablé par le pouvoir, qui prend la fuite devant les responsabilités.
Avec Habemus Papam, le metteur en scène italien réalise un film impressionnant à bien des égards. Etude de caractère, psychanalyse, comédie dramatique, il est difficile de caser Habemus Papam dans un genre bien précis tant il en côtoie. Ce qui apparaît en évidence, c’est la réflexion sur le poids du pouvoir et la peur de son exercice. En filigrane c’est une brillante analyse de l’âme humaine quand elle se retrouve face à une situation extraordinaire et un choix imposé, et comment la fuite peut devenir la plus belle des victoires, contre toute attente.
Cette œuvre se révèle être un monument de la satire calme qui tourne tout ce qu’il touche en ridicule, sauf ses personnages. Ainsi, tout le monde va en prendre pour son grade, et principalement les pratiques du Vatican, ainsi que la psychanalyse, les deux thèmes centraux du film. Et que dire de cette magnifique séquence où Michel Piccoli, monumental, pousse un cri de détresse au moment où son nom est annoncé aux milliers de fidèles présents devant le Vatican. C’est ainsi que le réalisateur développe son discours, par l’absurde, et ça fonctionne à la perfection. L’élection en elle-même est un pure moment d’humour vache, avec tous ces cardinaux à la foi inébranlable qui se mettent à prier pour ne pas être élus. Et c’est ainsi jusqu’au bout, et cela prend même une autre ampleur quand apparaît le psy, interprété par Moretti lui-même. Traité à la manière d’un huis clos, avec de vrais moments de tension équilibrés par un sens du grotesque stupéfiant, Habemus Papam dévoile peu à peu une profondeur inattendu, et qui doit énormément à son acteur principal, plus qu’à sa mise en scène de facture classique.
Avec cette œuvre, Moretti revient à la verve comique, sans pour autant abandonner la mélancolie de ses précédant films comme La Chambre du Fils ou Palombella Rosa où on découvre des personnages peu sur d’eux et perdus au milieu de la société.
On pourrait parler de film de la maturité, car Habemus Papam fait la jonction entre les deux faces du cinéma de Nanni Moretti, d’un côté un cinéma empreint de mélancolie et de l’autre celui plus burlesque.
On frôle parfois le grand cinéma fellinien, avec des envolées lyriques d’une extrême beauté.
Habemus Papam est un film juste, classique mais d’une puissance rare dans le cinéma actuel.
GIOVANNI VUOLO
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