lundi 6 juin 2011

MISS BALA




Miss Bala est le sixième film du réalisateur mexicain Gerardo Naranjo qui en 2008 a réalise le film « I’m gonna explode », film qui a gagné deux prix à l’international. Le film a été produit par la Société mexicaine de production « CANANA » et a participé dans la catégorie « Un certaine regarde » au festival de Cannes 2011.

Le réalisateur a été inspiré par l’histoire véridique de « Laura Zúñiga » Miss Sinaloa, qui après avoir gagné le concours de beauté de Sinaloa (Mexique) a été capturé et emprisonnée. « Tous les faites sont réelles, mais j'ai ajouté plusieurs événements pour créer mon environnement».Après avoir vu plusieurs films au sujet du trafique des drogues, le réalisateur considère qu’ils restent à la surface du problème. Explique le réalisateur dans une interview accordée à le journal mexicain « Milenium». Alors, Il a pris la parole, ou l’image plutôt et s’a engagé à faire un film à ce sujet.

Le film raconte l’histoire de Laura, une jeune femme prétendante au titre de Miss Beauté. Ça vie va se bouleverser quand elle sera kidnappée par des membres d’un cartel. A travers d’un ensembled’événements elle va devenir collaboratrice involontaire, complice et victime des crimes simultanément.

Il s'agit d'un film d'action avec le potentiel d'attirer l’attention d’un large public national et international. On peut s'attendre que le film ait du succès commercial (à condition de que le film aie une bonne stratégie de distribution et de marketing, évidement).

Celui-ci est un film qui kidnappe ton attention du debout à la fin. D’un côté, un bon cadrage, des images qui semblent spontanés. D’autre côté un rythme agile, un étalonnage intéressant et une postproduction sonore très travaille qui te fait sauter de ton siège. La qualité des images et des pris de sons est remarquable, techniquement en parlant est nettement supérieur au standard de production du cinéma mexicains.


Par contre, on doit signaler aussi le faiblesse du film. Il nous semblerait que le réalisateur s’est intéressé beaucoup à la réussit d’un certain thon dans le film, en laissant un peu de côté la direction des acteurs. On peut remarquer que l'interprétation de la première actrice manque de force par moments, et on peut le remarquer surtout aux moments plus forts dans l’histoire.
Si pendant la plus part des scènes on pourrait penser que ce fait n’a pas été marquant, dans la scène du 4X4 -si vous avez déjà vu le film vous savez de quoi je parle, et sinon vous allez le découvrir facilement quand vous le voyez-, cella ne pardonne pas.



En conclusion, on peut dire qu’il s’agit d’un film d’action bien réalisé et bien produit, au sujet du trafic des drogues et de la criminalité au Mexique. Une histoire basé sur des faites véridiques que va vous impressionner et des pris des vues originales et des effets de son qui vont vous surprendre. Un film que vaut la peine voir.

                                                                                                                            Alejandra Gonzalez Zurita

dimanche 5 juin 2011

PATER de Alain Cavalier

Pendant un an ils se sont vus et ils se sont filmés. Le cinéaste et le comédien, le président et son 1er ministre, Alain Cavalier et Vincent Lindon. Dans "Pater", vous les verrez à la fois dans la vie et dans une fiction qu’ils ont inventée ensemble.

*

Alain Cavalier ne porte jamais de cravate. De ce que l’on sait, sa dernière occasion remonte à sa précédente montée des marches cannoises en 1986 pour Thérèse (Prix de la Mise en Scène). Mais hier soir, pour l’unique projection en Compétition officielle de son dernier film Pater, l’atypique cinéaste s’est de nouveau prêté au jeu de la tenue réglementaire et à même signé quelques autographes sous l’œil halluciné de plusieurs de ses proches.







Alain Cavalier est de cette espèce de réalisateurs qui aiment à mélanger les genres et entretiennent les contrastes. Oscillant dans ses films comme dans la vie entre pudeur et exhibition, chacun de ses nouveaux projets est l’assurance d’une expérience unique et romantique sur le monde. Usant et abusant des capacités de brouillage entre fiction et réel qu’offre sa petite caméra numérique, le réalisateur nous offre avec Pater un audacieux spectacle cinématographique comme on aimerait en voir plus souvent. Le propos parait pourtant simple mais laisse des possibilités d’improvisation  immenses : Alain Cavalier et son ami Vincent Lindon, respectivement Président de la République et Premier Ministre de la France, entreprennent une vaste réforme économique du pays. Ils se filment.

Dès lors, en cinéma comme en politique, le rapport de force est ici respecté: le metteur en scène / Chef de l’Etat dirige tandis que l’acteur / Chef du Gouvernement s’exécute. Film dans le film où les missions et rôles originels de chacun se brouillent tout en se répondant, Pater se joue de la politique comme du cinéma et de ses différents acteurs. En s’attaquant à deux milieux où les espoirs de changer le monde sont grands, où l’on parle beaucoup mais trop souvent de futilités, Alain Cavalier dévoile à sa façon les rouages de l’ombre et rapports de forces qui rongent ces deux mondes. D’ailleurs, bon nombre de dialogues ont cette étrange et troublante saveur d’actualité que l’on sait lorsque l’on touche aux élections présidentielles fictives en devenir ou plus particulièrement aux adversaires politiques à éliminer au moyen de photos compromettantes et que l’on suppose de nature sexuelles.

Partant de la cuisine et de la salle manger, la mise en scène du film s’organise pour l’essentiel autour de ces espaces symboliques d’échanges et de communication tout en dévoilant en substance un tragique embourgeoisement des débats. Tels des philosophes de comptoirs que l’on aurait promu à la grande table de la République sans compétence ni formation, Pater semble à la fois encourager et dénoncer l’amateurisme sous toutes ces formes : qu’il se trouve dans la prise de position politique ou dans la tenue dilettante d’une caméra par un acteur filmant son réalisateur.

Alors que La Conquête de Xavier Durringer doit-être projeté aujourd’hui, l’œuvre d’Alain Cavalier en est indiscutablement, et par avance, l’extrême opposé. Pourtant, les similitudes entre les deux projets auraient pu être grandes tant dans cette ambition commune d’explorer le genre de la politiques fiction que dans la volonté de travailler le faux à partir d’un matériel qui n’en demeure pas moins réel. Mais là où l’un nous offre la banale chronique d’une ascension, l’autre ose nous faire sourire et réfléchir à travers un véritable OVNI cinématographique sur ce qu’être acteur ou réalisateur aujourd’hui, au sein d’un film ou d’un pays.

Jusque dans les derniers instants du mandat de notre réalisateur / Président, on doute de ce qui est joué et de ce qui ne l’est pas. Pourtant, la barrière entre fiction et réel, pourrait être plus simple que ce que l’on croit : tout n’est sans doute que perspectives et angles de vue, et comme le dit Vincent Lindon dans ses ultimes moments de pouvoir « c’est vrai, surtout si c’est un film ».

Arnaud Miquel

The Tree of Life



Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire... 



Il est de ces films dont vous voyez la bande-annonce, et vous vous dites que vous êtes en présence d'un futur chef-d'oeuvre. The Tree of Life, de Terrence Malick, en fait clairement parti. Mais qu'en est il de l'oeuvre dans son ensemble ?

D'emblée, on peut être certain que l'on est face à une oeuvre qui divisera. On aime ou on déteste, mais le film de Malick ne laisse clairement pas indifférent. La naissance de l'univers, de la vie, l'évolution, l'enfance, l'amour, le rapport au divin, l'infini, la mort, des thèmes qui peuvent paraître grandiloquents et prétentieux, mais qui ne sont finalement qu'un prétexte pour le réalisateur.

Parce qu'il faut bien avoir à l'idée que nous sommes en présence d'un poète, d'un virtuose, qui nous entraîne dans un voyage mystique mais humain, au visuel absolument magnifique. Trop de réalisateurs oublient aujourd'hui que l'on n'appelle pas le cinéma le « 7ème art » pour rien, et Malick lui redonne ici toutes ses lettres de noblesse !










Quelques mots sur les acteurs tout d'abord... Brad Pitt campe un père de famille dur et très autoritaire avec un brio incomparable, prouvant une fois de plus que ce n'est pas que sa gueule d'ange qui l'a rendue si populaire ! Jessica Chastain est magnifique et touchante, tiraillée entre le dévouement pour son mari et l'amour pour ses enfants. Ils forment à eux deux un couple crédible et torturé. Les enfants quant à eux sont naturels et jouent à la perfection, mention spéciale pour Hunter McCracken, qui campe l'aîné de la fratrie et qui n'a pas à rougir de sa performance face à Brad Pitt. Enfin, la présence de Sean Penn est malheureusement anecdotique (en même temps, la présence d'un acteur de ce calibre mérite-t-il que l'auteur dénature son oeuvre ?...)

 










Malick va à contre-courant des productions actuelles, dans lesquelles le scénario est construit, le rythme percutant, les intrigues évidentes. Il livre un film déroutant, déconstruit, dans lequel les scènes de l'infiniment grand, tel l'origine de l'Univers, tutoie les scènes de l'infiniment petit lorsqu'il redescend sur Terre et filme les scènes de famille.

Ces tableaux de l'infiniment grand nous donne le vertige, tant par l'incroyable dimension des effets spéciaux que par la musique entêtante, entre envolées lyriques menées par les voix célestes de l'opéra et compositions des plus grands maîtres de la musique classique.






Les plans de l'infiniment petit sont l'occasion pour Malick de faire parler toute sa créativité en filmant en caméra portée. Il nous livre alors toute une succession de plongées, contre-plongées, travellings circulaires, des plans grandioses lui permettant de mettre en place un univers plein de couleur et de chaleur. La caméra ne bouge pas, elle flotte, elle danse autour des personnages, nous prenant par la main pour continuer cette balade à travers son oeuvre. Cet univers, beaucoup plus doux et sensible, permet à Alexandre Desplat de faire parler tout son talent de compositeur à travers des mélodies enivrantes et mélancoliques. 



 

La photographie est sans aucun doute la plus belle jamais produite, au point que l'on se pâme d'admiration lorsque Malick s'arrête quelques secondes sur des vaches en train de brouter !!

Ce film est à vivre comme une expérience, et pour peu que l'on accepte de se laisser porter, sans juger sur le moment de la qualité de l'oeuvre, sans a-priori en rentrant dans la salle, sans chercher à percer le sens profond, le message que veut nous délivrer Malick (y en a-t-il seulement un ? Et pourquoi chercher à tout rationaliser en tentant de décrypter plan par plan le sens d'un film ? ), on en ressort alors sonner. Sonner parce que l'on partage une tranche de vie d'une famille américaine des années cinquante très émouvante, mais aussi parce que l'on tutoie l'infini, l'universel, l'insaisissable.

L'oeuvre de Malick est ambitieuse, généreuse, et forcément imparfaite, mais d'une envergure inimaginable qui m'a laissé bouche-bée au lancement du générique final. Évidemment, au premier visionnage, on ne comprend pas tout ce qu'il se passe, mais on sent que quelque chose est en train de se passer... quelque chose de bouleversant, d'unique, qui fera date dans l'histoire du cinéma.

Romain

MELANCHOLIA de Lars Von Trier

Justine et Michael célèbrent leur mariage en grande pompe dans la somptueuse demeure que possèdent sa sœur et son beau-frère. Pendant ce temps, une planète gigantesque, Melancholia, se dirige droit vers la Terre et menace d’entrer en collision avec elle…

Controversé pour ses œuvres et ses propos dérangeants, Lars Van Trier peut se satisfaire d’au moins une chose, celle de contenter un public sceptique et craintif. Melancholia marque le grand retour de Lars von Trier avec une œuvre à la fois simple, complexe et ambitieuse. Outre l’exposition d’une technique photographique parfaite, le cinéaste nous montre le talent incontestable d’un psychothérapeute mettant en exergue toute l’ambivalence des liens familiaux et amoureux.

Découpé en deux parties,  Lars von Trier nous offre d’abord un très beau prologue d’une dizaine de minutes composée de plans fixes et de ralentis sur une musique de Wagner.Ainsi est annoncée une fin du monde imminente qui prendra tout son sens à la fin de la projection.



De la farce burlesque (Un mariage de Robert Altman) au psychodrame thérapeutique (Festen, Thomas Vitenberg), l’histoire débute avec un banquet de mariage dans lequel le bonheur est constamment feint et ne parvient pas à cacher une misanthropie destructive. Autour des deux figures centrales que sont Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), le vide existentiel et le désarroi sont exprimés, conscient pour l’une et désavoué pour l’autre. Encore une ode à la dépression, voire au suicide, pour le cinéaste danois, mais qui relève de tant de justesse par l’interprétation de ses actrices que par la dualité symbolique et réaliste présentée. On oublierait même, comme dans toutes ses œuvres, la finalité morbide de tout ce désespoir en restant subjugué par tant de finesse et de savoir-faire.


Dans la seconde partie se dessine alors une inquiétante atmosphère de fin du monde, la planète Melancholia approche de la Terre et menace d’entrer en collision. Le sentiment prégnant de mélancolie est alors pointé du doigt, et sa résignation dans ce compte-à-rebours inhérent à la collision entre les deux planètes. Le spectateur se perd alors dans l’effroi de cette annonce apocalyptique, le sentiment d’impuissance face à cette mélancolie dont on ne peut échapper et la puissance romantique de la mise en scène.
Une opposition entre l’amour et la haine dont on se sent étrangement manipulé dans cette démonstration de l’impossibilité d’un bonheur obligatoire et forcé. Un choc narratif et esthétique obsédant.


FUTURE COP LAPD

La diva Plavalaguna sur un fond de Seine St Denis style, on s’attendait au pire aux vues de l’égocentrisme de l’une et des discours radicaux anti-flic de l’autre. En fait on se retrouve avec un film fort, rempli de réalisme et d’authenticité. Pour faire court, c’est l’histoire du spectateur (à travers le personnage interprété par Maïwenn) qui plonge dans la brigade de protection des mineurs de Paris. 

On sent un réel travail d’immersion pour arriver à retrouver l’univers de cette brigade, qui donne un visage nuancé et plus juste de la police. Les beaux et les mauvais côtés ne sont pas épargnés et le spectateur est invité à pénétrer dans la vie de personnages attachants et finement interprétés par une belle troupe d’acteurs, tous meilleurs les uns que les autres. L’alternance vie privée / vie publique est bien mesurée et les dialogues sonnent extrêmement justes dans un très bon scénario qui multiplie les points de vue sur le métier de policier. A noter le choix intéressant d’une section dédiée aux mineurs pour la brigade qui accentue le rôle et l’aspect social de la police, chose assez rare en France. La profondeur des affaires reflète la pression quotidienne que subissent les membres de l’équipe, chacun d’eux le gère à sa façon, avec ses propres failles qui implique et oblige l’audience à s’identifier. L’immersion est directe.

On pourrait peut être reprocher l’emploi d’un peu trop de sujets racoleurs qui fait un peu ‘fourre-tout’ des problèmes de société actuels : pédophilie, démontage de camp Rom, retrait d’enfant aux familles, viols, dérives de la sexualité chez les jeunes… Mais au final on reste touché par la profondeur des rapports humains exposés et l’humour pertinent présent tout au long du film. L’approche documentaire et énergique de la mise en scène est ici parfaitement à l’emploi dans un ensemble qui semble presque improvisé ; même si on regrette à certains moments des mouvements de caméra et une lumière peu travaillés. 

Certes la réalisatrice a le beau rôle un peu agaçant de la photographe artiste bobo parisienne… mais la justesse des situations reprend vite le dessus, pour rendre un film fort, immersif, drôle, glaçant, qui dépeint un regard ambigu de la société.
Korben

We need to talk about : We Need to Talk About Kevin

We need to talk about Kevin est un film britannique de Lynne Ramsay, qui nous compte l’histoire des relations difficiles qu’entretiennent une mère et son fils, à l’origine d’une tuerie sanglante dans sa ville. Cette adaptation d'un roman éponyme de Lionel Shriver se présente sous la forme d’une série de flashbacks, tournant autour du personnage d’Eva, mère esseulée, misérable et rongée par le poids du passé, parfaitement interprétée par Tilda Swinton.
Dans une autre vie, Eva était une jeune femme épanouie, ambitieuse et voyageuse. Mais son existence bascule lorsqu’elle décide d’avoir un enfant. Eva sombre alors dans l’angoisse au fur et à mesure qu’elle avance dans sa grossesse, durant laquelle la jeune femme subit plus qu’elle n’accepte les changements de son corps. Ce n’est que le prélude à son destin de mère, celui de subir les caprices enfantins, la personnalité, voire l’existence même de son fils Kevin – un garçon intelligent aux tendances destructrices et manipulatrices qu’elle ne parvient pas à aimer, qu’elle ira jusqu’à maudire et à craindre, et qui causera sa perte.
Où la source de l’horreur se situe-t-elle ? En opposant à la personnalité pour le moins ambiguë de Kevin, les défaillances d’Eva - mère sans amour, qui ne remplit pas son rôle éducateur, ce film a le mérite d’aborder un sujet original et largement tabou : les difficulté que rencontrent certaines femmes au moment d’assumer leur statut de mère, conjuguées à une pression socio-familiale faisant que ce problème peut aboutir à des situations psychologiquement  ravageuses.
Mais We need to talk about Kevin se pose à la charnière entre plusieurs genres ; film dramatique à dimension sociale lorsqu’il nous montre le destin misérable d’Eva et le rejet collectif dont elle est l’objet, il se change en thriller familial proche du huis clos lorsqu’il se focalise sur le jeu malsain que développe le fils envers sa mère au fil des années.
On pénètre alors dans la psychologie de Kevin, dont l’attitude sadique, capricieuse et les pensées nihilistes en font depuis sa plus tendre enfance une caricature de gamin méchant et insupportable, doublé d’un véritable démon à l’intelligence machiavélique. L’enfant manipule son entourage dès sa naissance, et il semble que toutes ses actions, tout son développement personnel, de ses premiers mots à son éveil sexuel, soient dirigés vers un objectif : faire souffrir, pousser à bout sa propre mère. Du moins est-ce le point de vue adopté par la caméra, retranscrivant peut-être ainsi le souvenir subjectif de la mère. Mais c’est, dès lors, également celui proposé aux spectateurs.
Le film profite de la prestation idoine de ses principaux acteurs (Tilda Swinton et la révélation Ezra Miller en tête) ainsi que d’une très intéressante photographie (esthétique hypnothisante, presque bicolore avec des tons grisâtres interrompus fréquemment par un rouge vif symbolisant –un peu grossièrement – les thèmes de la violence, de la vengeance, des souillures provoquées par Kevin).
Cependant, il me semble que Lynne Ramsay se perd un peu lorsqu’elle prend le parti de retracer, tout au long du film, les méfaits de Kevin, à travers les souvenirs d’Eva. Le personnage de l’enfant, trop caricatural, nous laisse sur notre faim, là où on aurait aimé pénétrer plus en profondeur la psychologie d’Eva, les raisons de son rejet de l’enfant. Dans le même ordre d’idée, il est un peu dommage de se concentrer si exclusivement sur les flashbacks à l’ambiance de thriller, d’autant que le suspens est atrophié puisque l’on connaît déjà à l’avance le – tragique - dénouement de cette histoire dans l’histoire.
We need to talk about Kevin est donc un film intelligent et réussi, mais qui ne répond que partiellement à ses propres ambitions en se focalisant trop sur le personnage d’Eva et son regard subjectif sur son propre passé. Un travail plus nuancé sur Kevin (son évolution en prison) ou sur le mari d’Eva auraient, par exemple, pu apporter quelque chose et rendre ce film plus « entier ».
Pierre

vendredi 3 juin 2011

« Hors du temps …»


Hors-Satan est le sixième long-métrage de Bruno Dumont, en compétition au festival de Cannes 2011 dans la section Un Certain Regard.
Une fois n’est pas coutume, le dernier film de Bruno Dumont se situe dans le nord de la France.  En bord de Manche, sur la Côte d’Opale demeure un étrange Hermite qui vivote au milieu des dunes, braconne et fait des feux. Une jeune fille de ferme part à sa rencontre, le nourrit, passe du temps avec lui, prie et s’adonne à d’étranges rites mystique. 
 
Sorte d’exorciste de la monstruosité humaine, le personnage campé par David Dewaele prend sous son aile Aurore Broutin afin de l’initier à son art et de lui transmettre son pouvoir.  Les deux acteurs (qui sont comme d’habitude dans les films de Dumont des amateurs) sont magistraux, la caméra arrive à percer leurs coquilles afin capter l’once d’humanité qui réside dans ces visages monstrueux. La rencontre de ces deux personnages est prétexte à de longues errances à travers les dunes et marécages du nord, faisant tomber le film dans une sorte de pamphlet essentialiste, parfaitement mis en exergue par le traitement sonore : si les très rares dialogues sont à peine audibles, le bruit sourd du vent ou le clair clapotis d’une tasse de café qui se remplit transcende l’image et bouleverse notre rapport à la matière filmée.  
 
Il ne suffit que de quelques minutes pour retrouver ses marques dans l’étrange cinéma du philosophe lillois : Les gueules de ses protagonistes, l’ampleur des plans, la grisaille de la photo… C’est bien là que se trouve la limite d’Hors Satan, dans le jusque boutisme de sa mise scène. Le film est complètement dépouillé de narration, les plans n’en terminent plus laissant tout néophyte sur le bord de la route. Cela est d’autant plus étonnant qu’Hadewijch (dernier film en date de Bruno Dumont), tout en abordant un thème assez proche (le rapport à la foie) tissait un fil narratif plus solide que ce à quoi nous étions habitué.
Vous l’aurez compris, Hors-Satan radicalise le cinéma de Dumont ce qui en fait sa force et sa limite. Il permet au cinéaste de confirmer son engagement sur le front de la religion en même temps qu’il met en exergue les limites de sa mise en scène rigide pour ne pas dire faignante. 
Kévin Michel