mercredi 1 juin 2011

THE ARTIST, Michel Hazavanicus


         Après le succès retentissant des deux volets d’OSS 117 qui pastichent le film d’espionnage des années 1950, Michel Hazavanicus s’est laissé séduire par la mise en scène d’un film hommage radicalement différent. The Artist est un film muet en noir et blanc tourné au format 1 : 33 qui fait référence au cinéma d’Hollywood de la fin des années 1920.

          À Hollywood, George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Au même moment, Peppy Miller (Bérénice Benjo), elle, est une simple figurante qui va être propulsée au rang de star du parlant !

Le scénario est une histoire d’amour assez banale, c’est surtout un prétexte pour parler du muet !

En choisissant un tel sujet, Hazavanicus s’est fixé un double défi :
-          Imiter les codes du cinéma muet sans être dans un simple exercice de style.
-          Parodier les codes du muet sans être dans la simple comédie.

           The Artist est d’abord étonnant par le maniement habile des contraintes formelles (utilisation de cartons), mais aussi par sa justesse de ton. Le film qu’on attendait plutôt comme une comédie à la OSS 117, basée sur des références au muet et des gags visuels, joue aussi sur l’émotion. Il est vrai que s’inspire du cinéma de Charlie Chaplin avec le duo burlesque de George Valentin et de son chien ; mais le film bascule dans le drame quand l’acteur assiste à l’effondrement de sa carrière.

                Le film doit une fière chandelle à Jean Dujardin qui incarne merveilleusement George Valentin. Son visage hyper expressif apporte une dimension parodique aux émotions qui sont jouées. C’est surtout le cas au début quand le personnage est heureux, fier et séducteur ! Mais le jeu de Jean Dujardin devient beaucoup moins sur-joué quand le personnage se met à déprimer : le rire laisse place à la compassion.
                Bérénice Benjo profite de cette accalmie pour montrer son potentiel d’actrice. Les deux acteurs portent le film par la justesse de leur jeu et par la petite pointe d’exagération qui donne au film une tonalité délicatement comique.

                On peut souligner le travail réussi sur la lumière, les décors et les images. Le noir et blanc donne au film un côté graphique, les lignes verticales et horizontales sont omniprésentes. Par exemple, les escaliers sont  un élément graphique et géométrique qui rythme le film. Hazavanicus s’amuse aussi avec les reflets et les ombres.


                The Artist dépasse l’exercice de style lorsqu’il met en œuvre un jeu sur le son. Au fur et à mesure que le passage du muet au sonore s’impose, des sons envahissent l’écran. La scène qu’on retiendra est celle de la première apparition de bruitage au bout d’une heure de film, dans un cauchemar de George Valentin ! Le personnage est plongé dans un monde sonore sans pouvoir sortir un seul mot. Les bruitages y sont démesurés nous font même sursauter !

                La scène finale réconcilie les deux personnages dans un duo de claquettes. Il ne reste plus que le son des chaussures qui frappent le sol : le bruitage synchrone (parlant) rejoint la musique (muet) pour constituer un numéro aussi beau qu’amusant.

                Dommage que le film s’essouffle un peu aux trois quarts, on aimerait que la fin arrive plus tôt, peut-être parce qu’on n’est plus habitué à regarder du muet, peut-être aussi parce que quelques péripéties inutiles ralentissent l’histoire.

                Un prix de l’interprétation masculine bien mérité par Jean Dujardin, un pari audacieux qui sur le plan stylistique réussi. Reste une question, The Artist fera-t-il de l’audience ?
La comédie dramatique a un potentiel « grand public » du fait de l’histoire d’amour qui y est racontée et de l’humour frais d’Hazavanicus qui est au rendez-vous. Mais, le public français n’a peut-être pas envie de voir un film qui traite du déclin du cinéma muet à Hollywood ans les années 30. Verdict le 19 octobre 2011 lors de la sortie en salles !




A. Calzada

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