Film en Compétition officielle à Cannes, le nouveau Bonello était très attendu car, de par son sujet très sexué, les maisons closes, il y avait quelques probabilités qu'il puisse être choquant.
Loin de la vulgarité que l'on aurait pu attendre de la thématique, Bertrand Bonnello nous offre, avec L'Apollonide, un plongée sensuelle dans l'univers des bordels français fin de siècle dont il propose une lecture intimiste.
On partage durant 122 minutes, dans un quasi huit-clos, la vie de l'Apollonide, lieu de plaisirs sexuels monnayés, d'orgies des corps mais aussi de l'alcool et de l'opium. Dans un décord flamboyant, magnifié par une réalisation sublime, nous est donné à voir le quotidien de douze jeunes femmes, en permanence (ou presque) dénudées, auprès desquelles on s'alanguit pour notre plus grand bonheur.
L'on suit au départ le personnage tragique de Madeleine (Alice Barnole), devenue, suite aux tortures que lui fait subir un client, "La femme qui rit", non plus recherchée pour ses charmes mais pour son étrangeté, sa monstruosité presque. Puis lentement, le film dévie, avec plaisir, vers une oeuvre plus chorale où l'on s'approche de chaque "fille", solitaires mais solidaires de leurs conditions.
L'atmosphère vaporeuse est parfaitement rendue par une qualité graphique excellente. Bonello évite parfaitement l'écueil du voyeurisme ou du sensationnalisme pour filmer avec un regard bienveillant et délicat ces actrices, toutes irréprochables. (Adèle Haenel, Céline Sallette, Hafsia Herzi)
L'ambiance est entêtante et si la réalisation est magnifique, l'Apollonide ne se restreint pas à une peinture sans âme qui sentirait la naphtaline, notamment grâce à la bande son moderne qui permet de ne pas tomber dans un académisme rigide. Et frigide.
Grâce à un montage intelligent, le film se joue du temps et de l'espace, du rêve et de la réalité pour mieux encore nous emmener dans ce voyage sensoriel.
Seul bémol, mais de taille, le final est particulièrement dévevant. Dans un ultime plan, Bertrand Bonnelo semble vouloir pervertir son magnifique film en donnant un message dont on se serait bien passé et transforme cette chronique de bordel en huit-clos en une oeuvre quasi-militante teintée de "c'était mieux avant". Dommage.
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