dimanche 5 juin 2011

The Tree of Life



Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire... 



Il est de ces films dont vous voyez la bande-annonce, et vous vous dites que vous êtes en présence d'un futur chef-d'oeuvre. The Tree of Life, de Terrence Malick, en fait clairement parti. Mais qu'en est il de l'oeuvre dans son ensemble ?

D'emblée, on peut être certain que l'on est face à une oeuvre qui divisera. On aime ou on déteste, mais le film de Malick ne laisse clairement pas indifférent. La naissance de l'univers, de la vie, l'évolution, l'enfance, l'amour, le rapport au divin, l'infini, la mort, des thèmes qui peuvent paraître grandiloquents et prétentieux, mais qui ne sont finalement qu'un prétexte pour le réalisateur.

Parce qu'il faut bien avoir à l'idée que nous sommes en présence d'un poète, d'un virtuose, qui nous entraîne dans un voyage mystique mais humain, au visuel absolument magnifique. Trop de réalisateurs oublient aujourd'hui que l'on n'appelle pas le cinéma le « 7ème art » pour rien, et Malick lui redonne ici toutes ses lettres de noblesse !










Quelques mots sur les acteurs tout d'abord... Brad Pitt campe un père de famille dur et très autoritaire avec un brio incomparable, prouvant une fois de plus que ce n'est pas que sa gueule d'ange qui l'a rendue si populaire ! Jessica Chastain est magnifique et touchante, tiraillée entre le dévouement pour son mari et l'amour pour ses enfants. Ils forment à eux deux un couple crédible et torturé. Les enfants quant à eux sont naturels et jouent à la perfection, mention spéciale pour Hunter McCracken, qui campe l'aîné de la fratrie et qui n'a pas à rougir de sa performance face à Brad Pitt. Enfin, la présence de Sean Penn est malheureusement anecdotique (en même temps, la présence d'un acteur de ce calibre mérite-t-il que l'auteur dénature son oeuvre ?...)

 










Malick va à contre-courant des productions actuelles, dans lesquelles le scénario est construit, le rythme percutant, les intrigues évidentes. Il livre un film déroutant, déconstruit, dans lequel les scènes de l'infiniment grand, tel l'origine de l'Univers, tutoie les scènes de l'infiniment petit lorsqu'il redescend sur Terre et filme les scènes de famille.

Ces tableaux de l'infiniment grand nous donne le vertige, tant par l'incroyable dimension des effets spéciaux que par la musique entêtante, entre envolées lyriques menées par les voix célestes de l'opéra et compositions des plus grands maîtres de la musique classique.






Les plans de l'infiniment petit sont l'occasion pour Malick de faire parler toute sa créativité en filmant en caméra portée. Il nous livre alors toute une succession de plongées, contre-plongées, travellings circulaires, des plans grandioses lui permettant de mettre en place un univers plein de couleur et de chaleur. La caméra ne bouge pas, elle flotte, elle danse autour des personnages, nous prenant par la main pour continuer cette balade à travers son oeuvre. Cet univers, beaucoup plus doux et sensible, permet à Alexandre Desplat de faire parler tout son talent de compositeur à travers des mélodies enivrantes et mélancoliques. 



 

La photographie est sans aucun doute la plus belle jamais produite, au point que l'on se pâme d'admiration lorsque Malick s'arrête quelques secondes sur des vaches en train de brouter !!

Ce film est à vivre comme une expérience, et pour peu que l'on accepte de se laisser porter, sans juger sur le moment de la qualité de l'oeuvre, sans a-priori en rentrant dans la salle, sans chercher à percer le sens profond, le message que veut nous délivrer Malick (y en a-t-il seulement un ? Et pourquoi chercher à tout rationaliser en tentant de décrypter plan par plan le sens d'un film ? ), on en ressort alors sonner. Sonner parce que l'on partage une tranche de vie d'une famille américaine des années cinquante très émouvante, mais aussi parce que l'on tutoie l'infini, l'universel, l'insaisissable.

L'oeuvre de Malick est ambitieuse, généreuse, et forcément imparfaite, mais d'une envergure inimaginable qui m'a laissé bouche-bée au lancement du générique final. Évidemment, au premier visionnage, on ne comprend pas tout ce qu'il se passe, mais on sent que quelque chose est en train de se passer... quelque chose de bouleversant, d'unique, qui fera date dans l'histoire du cinéma.

Romain

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