vendredi 3 juin 2011

« Hors du temps …»


Hors-Satan est le sixième long-métrage de Bruno Dumont, en compétition au festival de Cannes 2011 dans la section Un Certain Regard.
Une fois n’est pas coutume, le dernier film de Bruno Dumont se situe dans le nord de la France.  En bord de Manche, sur la Côte d’Opale demeure un étrange Hermite qui vivote au milieu des dunes, braconne et fait des feux. Une jeune fille de ferme part à sa rencontre, le nourrit, passe du temps avec lui, prie et s’adonne à d’étranges rites mystique. 
 
Sorte d’exorciste de la monstruosité humaine, le personnage campé par David Dewaele prend sous son aile Aurore Broutin afin de l’initier à son art et de lui transmettre son pouvoir.  Les deux acteurs (qui sont comme d’habitude dans les films de Dumont des amateurs) sont magistraux, la caméra arrive à percer leurs coquilles afin capter l’once d’humanité qui réside dans ces visages monstrueux. La rencontre de ces deux personnages est prétexte à de longues errances à travers les dunes et marécages du nord, faisant tomber le film dans une sorte de pamphlet essentialiste, parfaitement mis en exergue par le traitement sonore : si les très rares dialogues sont à peine audibles, le bruit sourd du vent ou le clair clapotis d’une tasse de café qui se remplit transcende l’image et bouleverse notre rapport à la matière filmée.  
 
Il ne suffit que de quelques minutes pour retrouver ses marques dans l’étrange cinéma du philosophe lillois : Les gueules de ses protagonistes, l’ampleur des plans, la grisaille de la photo… C’est bien là que se trouve la limite d’Hors Satan, dans le jusque boutisme de sa mise scène. Le film est complètement dépouillé de narration, les plans n’en terminent plus laissant tout néophyte sur le bord de la route. Cela est d’autant plus étonnant qu’Hadewijch (dernier film en date de Bruno Dumont), tout en abordant un thème assez proche (le rapport à la foie) tissait un fil narratif plus solide que ce à quoi nous étions habitué.
Vous l’aurez compris, Hors-Satan radicalise le cinéma de Dumont ce qui en fait sa force et sa limite. Il permet au cinéaste de confirmer son engagement sur le front de la religion en même temps qu’il met en exergue les limites de sa mise en scène rigide pour ne pas dire faignante. 
Kévin Michel

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