Certes, force est de constater que le dernier film de Terrence Malick divise. On l’attendait depuis fort longtemps (comme chacun de ses 4 autres films d’ailleurs), et il semblerait que la déception pointe le bout de son nez… Pourtant…
Dès les premières minutes, la mort de l’enfant constitue le point de départ d’un questionnement existentialiste. Les appels à une explication divine reviendront tout au long des 2h18, lancinants, émis dans un souffle, sur l’injustice dramatique de se voir enlever un enfant et ne plus savoir, dès lors, en quoi et en qui croire… Puis viennent les longues séquences tantôt microscopiques, tantôt infiniment grandes, de ces planètes, de ce volcan, et de la nature qui suit son cours envers et contre tout.
En filigrane, l’histoire de l’apprentissage, du passage de l’enfant à l’adulte, et ce sempiternel refrain de la distinction entre le bien et le mal… La mère, Jessica Chastain,si belle dans sa douleur, comme représentation de la grâce et de la douceur, et Brad Pitt, le père, dur, colérique, autoritaire : le primitif, sont les piliers de cette promenade familiale traversée de chagrin et de violence. Au milieu, trois enfants, qui tentent de grandir en empruntant à l’un ou à l’autre…
Tout n’est, finalement, que ballade, contemplation, et lumière blanche. Des thèmes variés, chers au réalisateur, semblent jetés en pâture au montage et créent parfois l’impression que l’on regarde deux,voire trois films en même temps. Oui, The tree of life n’est probablement pas le chef d’œuvre que les inconditionnels attendaient, mais il n’est pas non plus l’échec prédit par ses détracteurs. Il oscille entre grâce et primitivité, comme ses personnages…
On regretta une absence d’élagage dans les 2h18 (qui auraient pu, d’après nous, être réduites à 1h50…), on critiquera la présence de Sean Penn qui n’apporte rien à l’intrigue, et une vision édulcorée d’un paradis entre ciel et mer… mais on saluera la prouesse photographique, les plans sur la nuque de Jessica Chastain, l’impression que la vie avance plus vite que nous, pauvres mortels. Et on pleurera sur les enfants, excellents, filmés avec innocence et violence à la fois, comme symboles d’un sens à la vie qu’il faut chercher, sans trop savoir ni où, ni comment…
On sort du film sans être certain que ce soit du cinéma, c’est vrai. Pourtant, une œuvre artistique a-t-elle besoin d’un schéma narratif des plus académiques pour être admirée ? Une succession réfléchie d’images animées, n’est ce pas du cinéma ? A-t-on besoin d’une linéarité, d’une concordance entre tout élément pour saluer un film ? Avec The tree of life, expérience plastique et contemplative, probablement pas…
Cécilia.
PS : On se permet d'ajouter que, malgré notre amour pour les plans rapprochés et tremblants de vérité de Malick, à la place de Bob, on aurait, sans nul doute, filé la fameuse Palme à Von Trier. Pour sa maîtrise photographique absolue, et l'expérience sensible à laquelle on est forcé d'adhérer et qui, pour nous, emprunte à Kubrick ses égarements métaphysiques et sa poésie (si, si, n'en déplaise aux fans de 2001, L'odysée de l'espace considérant le maître intouchable!!).
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