Il y a des films qui nous attirent dès la lecture du titre, ce fut le cas pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello. J’espérais que le film réussisse là ou la série Maison close de Canal + a échoué, nous proposer une vision intimiste, mais avec une intrigue forte mettant en valeur ses personnages féminins. Pour son cinquième film, Bonello nous ouvre les portes de L’Apollonide, maison close parisienne qui accueille tout le gratin parisien à la fin du XIXème siècle. Promesse de luttes de pouvoir, de jouissance, de drames humains et de questions politiques au sein d’un huis clos.
C’est une Sarah enthousiaste et optimiste qui s’est assise dans l’agréable fauteuil de la salle de la Soixantaine du Festival de Cannes. Si dès le début du long-métrage, je me suis laissée happer par la beauté du décor, de la lumière et des costumes, très rapidement, trop rapidement j’ai réalisé que le film ne relate pas grand chose. Certes, la première partie du film avec la mutilation de Madeleine, la prostituée la plus en vue de la maison, variation très visuelle de L’Homme qui rit de Victor Hugo, nous laisse penser qu’une intrigue forte va porter le film. Et pourtant, elle est mise de côté après seulement une demi-heure de film pour laisser place au quotidien des prostitués. Le personnage tragique et attachant de Madeleine, ne devient qu’un accessoire et laisse place à un film sensoriel sans véritable forme de narration. Les autres prostitués ne sont que trop peu développées, elles ne deviennent qu’un corps sans profondeur. Deux ou trois détails les caractérisent et c’est bien trop peu pour s’attacher à ces femmes. Seulement, la tenancière de L’Apollonide retient mon attention entre sa relation avec ses filles, son statut d’entrepreneur qui doit faire vivre sa maison close et la problématique d’une future fermeture. Malheureusement, le réalisateur ne prend pas suffisamment le temps de construire cette intrigue et ces rapports humains, préférant papillonner d’une fille à l’autre, d’une petite scène à une autre.
Si certains peuvent aimer la succession de tableaux, cela ne m’a personnellement pas suffit. Il y manque un souffle, une tension. Que cherche à nous raconter Bertrand Bonello ? Nous exposer une galerie de portraits, nous montrer la vie difficile de ces femmes entre maladies, mutilations, drogues et relations sexuelles obligatoires. Comme si cette vérité nous était inconnue, tout l’intérêt était de la dépasser, de proposer davantage ou une vision différente. Je pense par exemple à la Vénus Noire de Abdellatif Kechiche qui suit Saartjie, sa vénus noire, dans l’enfer des maisons closes pendant une partie de son film.
Après deux longues heures le film se termine sur un message plus que douteux : « les putes c’était mieux avant » en filmant une prostituée sortant d’une voiture au bord d’une route de nos jours. Quel est l’intérêt de nous montrer ces femmes du XIXème siècle esclave d’une tenancière qui souffrent de nombreux maux, pour terminer son film sur cette vision. Le film se donne un air militant, peut-être pour ajouter une profondeur qui lui manque cruellement.
C’est très bien d’avoir une identité visuelle, de travailler l’esthétique de son film mais y ajouter un brin de tension, d’enjeux et qui sait même une histoire rendrait l’ensemble moins plat et inintéressant. La beauté d’un film n’empêche pas l’ennuie et j’ai pu vivre cette expérience devant l’œuvre de Bertrand Bonello. La question de la prostitution en France et à travers son histoire mérite vraiment un film, malheureusement il ne s’agit pas du film de Bertrand Bonello. L’Apollonide, souvenir de la maison close est ma plus grosse déception cannoise.
C’est très bien d’avoir une identité visuelle, de travailler l’esthétique de son film mais y ajouter un brin de tension, d’enjeux et qui sait même une histoire rendrait l’ensemble moins plat et inintéressant. La beauté d’un film n’empêche pas l’ennuie et j’ai pu vivre cette expérience devant l’œuvre de Bertrand Bonello. La question de la prostitution en France et à travers son histoire mérite vraiment un film, malheureusement il ne s’agit pas du film de Bertrand Bonello. L’Apollonide, souvenir de la maison close est ma plus grosse déception cannoise.
Sarah.


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