Sur le chemin qui mène au cimetière du village, une procession de femmes en noir affronte la chaleur du soleil, serrant contre elles les photos de leurs époux, leurs pères ou leurs fils. Certaines portent le voile, d’autres une croix mais toutes partagent le même deuil, conséquence d’une guerre funeste et inutile. Arrivé à l’entrée du cimetière, le cortège se sépare en deux : l’un musulman, l’autre chrétien. Faisant preuve d’une grande ingéniosité, inventant de drôles de stratagèmes, unies par une amitié indéfectible, les femmes n’auront qu’un objectif : distraire l’attention des hommes et leur faire oublier leur colère et leur différence. Mais quand les évènements prendront un tournant tragique, jusqu’où seront-elles prêtes pour éviter de perdre ceux qui restent ?
Nadine Labaki réalise ici un film un film musical qui résonne à la fois comme une comédie burlesque et une tragédie, qui met en scène ces hommes et ces femmes, meurtris par la guerre civile qui fait rage au Liban depuis des années. D’un côté, le principe de vie féminin, de l’autre, le désir de mort masculin. La scène d’ouverture du film impose la couleur du film. Les femmes transcendent leur différence de confession, se donnent la main et mettent en place des astuces, souvent ludiques, pour éviter que les hommes ne pensent à tuer leurs prochains. Les inventions tournent autour du sexe, de la nourriture, du miracle, de l’isolement et du secret. Leur objectif principal est de couper les hommes du monde extérieur et notamment des images de conflit montrées à la télévision (elles font tout pour débrancher les câbles, l’une d’entre elles simule un malaise), de les occuper avec des filles de l’Est recrutées spécialement pour l’occasion, de les régaler de gâteaux fourrés au haschich pour qu’ils fassent la fête ensemble, et finir par s’endormir. Il est a noté que Nadine Labaki s’est entourée d’acteurs non professionnels qui sont tout à fait crédibles et à l’aise face à la caméra. Les personnages sont touchants, remarquables, dans le respect des traditions. Leurs répliques sont parfaitement étudiées et les situations dans lesquelles ils se retrouvent sont hilarantes.
Derrière les belles images du film, il y a une forte présence musicale avec notamment des passages qui font écho à un style de comédie musicale, avec paroles et chorégraphies, mélodies mélancoliques et entrainantes. En parallèle du sujet du film, une histoire d’amour naît entre une chrétienne et un musulman. Cette idylle n’est pas vue d’un bon œil par les hommes du village et se voit être mise en péril au moment où les évènements dramatiques éclatent.
« Tout est bien qui finit bien » est peut être le point négatif sur lequel nous pourrions insister. Quoiqu’il en soit, on sort du film grandit par cette bonne heure et demie passée au sein de ce petit village aride de montagne, séparé du reste du monde par un pont branlant, comme si nous-mêmes étions membre de l’une ou l’autre communauté religieuse. Les hommes en prennent pour le grade et les femmes se prennent une fois de plus à rêver de l’utopie d’un monde où tout le monde s’entend et où le conflit n’existe pas. Le film ne se veut pas une dénonciation de la guerre qui fait rage, mais seulement un message porté par des civilisations au cœur du conflit, et montre qu’avec des efforts et de l’intelligence, les frontières de la religion peuvent dépasser les principes, et les différences peuvent rapprocher. Cette « dramédie », matinée de comédie musicale, régénère un genre phare du cinéma arabe. L’humour est ici au service du sujet extrêmement grave qui secoue le Moyen Orient. C’est un film réjouissant qui montre que Dieu n’y est pour rien dans toute cette histoire et que le conflit est réduit à une simple question de testostérone.
Maude



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