lundi 6 juin 2011

MISS BALA




Miss Bala est le sixième film du réalisateur mexicain Gerardo Naranjo qui en 2008 a réalise le film « I’m gonna explode », film qui a gagné deux prix à l’international. Le film a été produit par la Société mexicaine de production « CANANA » et a participé dans la catégorie « Un certaine regarde » au festival de Cannes 2011.

Le réalisateur a été inspiré par l’histoire véridique de « Laura Zúñiga » Miss Sinaloa, qui après avoir gagné le concours de beauté de Sinaloa (Mexique) a été capturé et emprisonnée. « Tous les faites sont réelles, mais j'ai ajouté plusieurs événements pour créer mon environnement».Après avoir vu plusieurs films au sujet du trafique des drogues, le réalisateur considère qu’ils restent à la surface du problème. Explique le réalisateur dans une interview accordée à le journal mexicain « Milenium». Alors, Il a pris la parole, ou l’image plutôt et s’a engagé à faire un film à ce sujet.

Le film raconte l’histoire de Laura, une jeune femme prétendante au titre de Miss Beauté. Ça vie va se bouleverser quand elle sera kidnappée par des membres d’un cartel. A travers d’un ensembled’événements elle va devenir collaboratrice involontaire, complice et victime des crimes simultanément.

Il s'agit d'un film d'action avec le potentiel d'attirer l’attention d’un large public national et international. On peut s'attendre que le film ait du succès commercial (à condition de que le film aie une bonne stratégie de distribution et de marketing, évidement).

Celui-ci est un film qui kidnappe ton attention du debout à la fin. D’un côté, un bon cadrage, des images qui semblent spontanés. D’autre côté un rythme agile, un étalonnage intéressant et une postproduction sonore très travaille qui te fait sauter de ton siège. La qualité des images et des pris de sons est remarquable, techniquement en parlant est nettement supérieur au standard de production du cinéma mexicains.


Par contre, on doit signaler aussi le faiblesse du film. Il nous semblerait que le réalisateur s’est intéressé beaucoup à la réussit d’un certain thon dans le film, en laissant un peu de côté la direction des acteurs. On peut remarquer que l'interprétation de la première actrice manque de force par moments, et on peut le remarquer surtout aux moments plus forts dans l’histoire.
Si pendant la plus part des scènes on pourrait penser que ce fait n’a pas été marquant, dans la scène du 4X4 -si vous avez déjà vu le film vous savez de quoi je parle, et sinon vous allez le découvrir facilement quand vous le voyez-, cella ne pardonne pas.



En conclusion, on peut dire qu’il s’agit d’un film d’action bien réalisé et bien produit, au sujet du trafic des drogues et de la criminalité au Mexique. Une histoire basé sur des faites véridiques que va vous impressionner et des pris des vues originales et des effets de son qui vont vous surprendre. Un film que vaut la peine voir.

                                                                                                                            Alejandra Gonzalez Zurita

dimanche 5 juin 2011

PATER de Alain Cavalier

Pendant un an ils se sont vus et ils se sont filmés. Le cinéaste et le comédien, le président et son 1er ministre, Alain Cavalier et Vincent Lindon. Dans "Pater", vous les verrez à la fois dans la vie et dans une fiction qu’ils ont inventée ensemble.

*

Alain Cavalier ne porte jamais de cravate. De ce que l’on sait, sa dernière occasion remonte à sa précédente montée des marches cannoises en 1986 pour Thérèse (Prix de la Mise en Scène). Mais hier soir, pour l’unique projection en Compétition officielle de son dernier film Pater, l’atypique cinéaste s’est de nouveau prêté au jeu de la tenue réglementaire et à même signé quelques autographes sous l’œil halluciné de plusieurs de ses proches.







Alain Cavalier est de cette espèce de réalisateurs qui aiment à mélanger les genres et entretiennent les contrastes. Oscillant dans ses films comme dans la vie entre pudeur et exhibition, chacun de ses nouveaux projets est l’assurance d’une expérience unique et romantique sur le monde. Usant et abusant des capacités de brouillage entre fiction et réel qu’offre sa petite caméra numérique, le réalisateur nous offre avec Pater un audacieux spectacle cinématographique comme on aimerait en voir plus souvent. Le propos parait pourtant simple mais laisse des possibilités d’improvisation  immenses : Alain Cavalier et son ami Vincent Lindon, respectivement Président de la République et Premier Ministre de la France, entreprennent une vaste réforme économique du pays. Ils se filment.

Dès lors, en cinéma comme en politique, le rapport de force est ici respecté: le metteur en scène / Chef de l’Etat dirige tandis que l’acteur / Chef du Gouvernement s’exécute. Film dans le film où les missions et rôles originels de chacun se brouillent tout en se répondant, Pater se joue de la politique comme du cinéma et de ses différents acteurs. En s’attaquant à deux milieux où les espoirs de changer le monde sont grands, où l’on parle beaucoup mais trop souvent de futilités, Alain Cavalier dévoile à sa façon les rouages de l’ombre et rapports de forces qui rongent ces deux mondes. D’ailleurs, bon nombre de dialogues ont cette étrange et troublante saveur d’actualité que l’on sait lorsque l’on touche aux élections présidentielles fictives en devenir ou plus particulièrement aux adversaires politiques à éliminer au moyen de photos compromettantes et que l’on suppose de nature sexuelles.

Partant de la cuisine et de la salle manger, la mise en scène du film s’organise pour l’essentiel autour de ces espaces symboliques d’échanges et de communication tout en dévoilant en substance un tragique embourgeoisement des débats. Tels des philosophes de comptoirs que l’on aurait promu à la grande table de la République sans compétence ni formation, Pater semble à la fois encourager et dénoncer l’amateurisme sous toutes ces formes : qu’il se trouve dans la prise de position politique ou dans la tenue dilettante d’une caméra par un acteur filmant son réalisateur.

Alors que La Conquête de Xavier Durringer doit-être projeté aujourd’hui, l’œuvre d’Alain Cavalier en est indiscutablement, et par avance, l’extrême opposé. Pourtant, les similitudes entre les deux projets auraient pu être grandes tant dans cette ambition commune d’explorer le genre de la politiques fiction que dans la volonté de travailler le faux à partir d’un matériel qui n’en demeure pas moins réel. Mais là où l’un nous offre la banale chronique d’une ascension, l’autre ose nous faire sourire et réfléchir à travers un véritable OVNI cinématographique sur ce qu’être acteur ou réalisateur aujourd’hui, au sein d’un film ou d’un pays.

Jusque dans les derniers instants du mandat de notre réalisateur / Président, on doute de ce qui est joué et de ce qui ne l’est pas. Pourtant, la barrière entre fiction et réel, pourrait être plus simple que ce que l’on croit : tout n’est sans doute que perspectives et angles de vue, et comme le dit Vincent Lindon dans ses ultimes moments de pouvoir « c’est vrai, surtout si c’est un film ».

Arnaud Miquel

The Tree of Life



Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire... 



Il est de ces films dont vous voyez la bande-annonce, et vous vous dites que vous êtes en présence d'un futur chef-d'oeuvre. The Tree of Life, de Terrence Malick, en fait clairement parti. Mais qu'en est il de l'oeuvre dans son ensemble ?

D'emblée, on peut être certain que l'on est face à une oeuvre qui divisera. On aime ou on déteste, mais le film de Malick ne laisse clairement pas indifférent. La naissance de l'univers, de la vie, l'évolution, l'enfance, l'amour, le rapport au divin, l'infini, la mort, des thèmes qui peuvent paraître grandiloquents et prétentieux, mais qui ne sont finalement qu'un prétexte pour le réalisateur.

Parce qu'il faut bien avoir à l'idée que nous sommes en présence d'un poète, d'un virtuose, qui nous entraîne dans un voyage mystique mais humain, au visuel absolument magnifique. Trop de réalisateurs oublient aujourd'hui que l'on n'appelle pas le cinéma le « 7ème art » pour rien, et Malick lui redonne ici toutes ses lettres de noblesse !










Quelques mots sur les acteurs tout d'abord... Brad Pitt campe un père de famille dur et très autoritaire avec un brio incomparable, prouvant une fois de plus que ce n'est pas que sa gueule d'ange qui l'a rendue si populaire ! Jessica Chastain est magnifique et touchante, tiraillée entre le dévouement pour son mari et l'amour pour ses enfants. Ils forment à eux deux un couple crédible et torturé. Les enfants quant à eux sont naturels et jouent à la perfection, mention spéciale pour Hunter McCracken, qui campe l'aîné de la fratrie et qui n'a pas à rougir de sa performance face à Brad Pitt. Enfin, la présence de Sean Penn est malheureusement anecdotique (en même temps, la présence d'un acteur de ce calibre mérite-t-il que l'auteur dénature son oeuvre ?...)

 










Malick va à contre-courant des productions actuelles, dans lesquelles le scénario est construit, le rythme percutant, les intrigues évidentes. Il livre un film déroutant, déconstruit, dans lequel les scènes de l'infiniment grand, tel l'origine de l'Univers, tutoie les scènes de l'infiniment petit lorsqu'il redescend sur Terre et filme les scènes de famille.

Ces tableaux de l'infiniment grand nous donne le vertige, tant par l'incroyable dimension des effets spéciaux que par la musique entêtante, entre envolées lyriques menées par les voix célestes de l'opéra et compositions des plus grands maîtres de la musique classique.






Les plans de l'infiniment petit sont l'occasion pour Malick de faire parler toute sa créativité en filmant en caméra portée. Il nous livre alors toute une succession de plongées, contre-plongées, travellings circulaires, des plans grandioses lui permettant de mettre en place un univers plein de couleur et de chaleur. La caméra ne bouge pas, elle flotte, elle danse autour des personnages, nous prenant par la main pour continuer cette balade à travers son oeuvre. Cet univers, beaucoup plus doux et sensible, permet à Alexandre Desplat de faire parler tout son talent de compositeur à travers des mélodies enivrantes et mélancoliques. 



 

La photographie est sans aucun doute la plus belle jamais produite, au point que l'on se pâme d'admiration lorsque Malick s'arrête quelques secondes sur des vaches en train de brouter !!

Ce film est à vivre comme une expérience, et pour peu que l'on accepte de se laisser porter, sans juger sur le moment de la qualité de l'oeuvre, sans a-priori en rentrant dans la salle, sans chercher à percer le sens profond, le message que veut nous délivrer Malick (y en a-t-il seulement un ? Et pourquoi chercher à tout rationaliser en tentant de décrypter plan par plan le sens d'un film ? ), on en ressort alors sonner. Sonner parce que l'on partage une tranche de vie d'une famille américaine des années cinquante très émouvante, mais aussi parce que l'on tutoie l'infini, l'universel, l'insaisissable.

L'oeuvre de Malick est ambitieuse, généreuse, et forcément imparfaite, mais d'une envergure inimaginable qui m'a laissé bouche-bée au lancement du générique final. Évidemment, au premier visionnage, on ne comprend pas tout ce qu'il se passe, mais on sent que quelque chose est en train de se passer... quelque chose de bouleversant, d'unique, qui fera date dans l'histoire du cinéma.

Romain

MELANCHOLIA de Lars Von Trier

Justine et Michael célèbrent leur mariage en grande pompe dans la somptueuse demeure que possèdent sa sœur et son beau-frère. Pendant ce temps, une planète gigantesque, Melancholia, se dirige droit vers la Terre et menace d’entrer en collision avec elle…

Controversé pour ses œuvres et ses propos dérangeants, Lars Van Trier peut se satisfaire d’au moins une chose, celle de contenter un public sceptique et craintif. Melancholia marque le grand retour de Lars von Trier avec une œuvre à la fois simple, complexe et ambitieuse. Outre l’exposition d’une technique photographique parfaite, le cinéaste nous montre le talent incontestable d’un psychothérapeute mettant en exergue toute l’ambivalence des liens familiaux et amoureux.

Découpé en deux parties,  Lars von Trier nous offre d’abord un très beau prologue d’une dizaine de minutes composée de plans fixes et de ralentis sur une musique de Wagner.Ainsi est annoncée une fin du monde imminente qui prendra tout son sens à la fin de la projection.



De la farce burlesque (Un mariage de Robert Altman) au psychodrame thérapeutique (Festen, Thomas Vitenberg), l’histoire débute avec un banquet de mariage dans lequel le bonheur est constamment feint et ne parvient pas à cacher une misanthropie destructive. Autour des deux figures centrales que sont Justine (Kirsten Dunst) et Claire (Charlotte Gainsbourg), le vide existentiel et le désarroi sont exprimés, conscient pour l’une et désavoué pour l’autre. Encore une ode à la dépression, voire au suicide, pour le cinéaste danois, mais qui relève de tant de justesse par l’interprétation de ses actrices que par la dualité symbolique et réaliste présentée. On oublierait même, comme dans toutes ses œuvres, la finalité morbide de tout ce désespoir en restant subjugué par tant de finesse et de savoir-faire.


Dans la seconde partie se dessine alors une inquiétante atmosphère de fin du monde, la planète Melancholia approche de la Terre et menace d’entrer en collision. Le sentiment prégnant de mélancolie est alors pointé du doigt, et sa résignation dans ce compte-à-rebours inhérent à la collision entre les deux planètes. Le spectateur se perd alors dans l’effroi de cette annonce apocalyptique, le sentiment d’impuissance face à cette mélancolie dont on ne peut échapper et la puissance romantique de la mise en scène.
Une opposition entre l’amour et la haine dont on se sent étrangement manipulé dans cette démonstration de l’impossibilité d’un bonheur obligatoire et forcé. Un choc narratif et esthétique obsédant.


FUTURE COP LAPD

La diva Plavalaguna sur un fond de Seine St Denis style, on s’attendait au pire aux vues de l’égocentrisme de l’une et des discours radicaux anti-flic de l’autre. En fait on se retrouve avec un film fort, rempli de réalisme et d’authenticité. Pour faire court, c’est l’histoire du spectateur (à travers le personnage interprété par Maïwenn) qui plonge dans la brigade de protection des mineurs de Paris. 

On sent un réel travail d’immersion pour arriver à retrouver l’univers de cette brigade, qui donne un visage nuancé et plus juste de la police. Les beaux et les mauvais côtés ne sont pas épargnés et le spectateur est invité à pénétrer dans la vie de personnages attachants et finement interprétés par une belle troupe d’acteurs, tous meilleurs les uns que les autres. L’alternance vie privée / vie publique est bien mesurée et les dialogues sonnent extrêmement justes dans un très bon scénario qui multiplie les points de vue sur le métier de policier. A noter le choix intéressant d’une section dédiée aux mineurs pour la brigade qui accentue le rôle et l’aspect social de la police, chose assez rare en France. La profondeur des affaires reflète la pression quotidienne que subissent les membres de l’équipe, chacun d’eux le gère à sa façon, avec ses propres failles qui implique et oblige l’audience à s’identifier. L’immersion est directe.

On pourrait peut être reprocher l’emploi d’un peu trop de sujets racoleurs qui fait un peu ‘fourre-tout’ des problèmes de société actuels : pédophilie, démontage de camp Rom, retrait d’enfant aux familles, viols, dérives de la sexualité chez les jeunes… Mais au final on reste touché par la profondeur des rapports humains exposés et l’humour pertinent présent tout au long du film. L’approche documentaire et énergique de la mise en scène est ici parfaitement à l’emploi dans un ensemble qui semble presque improvisé ; même si on regrette à certains moments des mouvements de caméra et une lumière peu travaillés. 

Certes la réalisatrice a le beau rôle un peu agaçant de la photographe artiste bobo parisienne… mais la justesse des situations reprend vite le dessus, pour rendre un film fort, immersif, drôle, glaçant, qui dépeint un regard ambigu de la société.
Korben

We need to talk about : We Need to Talk About Kevin

We need to talk about Kevin est un film britannique de Lynne Ramsay, qui nous compte l’histoire des relations difficiles qu’entretiennent une mère et son fils, à l’origine d’une tuerie sanglante dans sa ville. Cette adaptation d'un roman éponyme de Lionel Shriver se présente sous la forme d’une série de flashbacks, tournant autour du personnage d’Eva, mère esseulée, misérable et rongée par le poids du passé, parfaitement interprétée par Tilda Swinton.
Dans une autre vie, Eva était une jeune femme épanouie, ambitieuse et voyageuse. Mais son existence bascule lorsqu’elle décide d’avoir un enfant. Eva sombre alors dans l’angoisse au fur et à mesure qu’elle avance dans sa grossesse, durant laquelle la jeune femme subit plus qu’elle n’accepte les changements de son corps. Ce n’est que le prélude à son destin de mère, celui de subir les caprices enfantins, la personnalité, voire l’existence même de son fils Kevin – un garçon intelligent aux tendances destructrices et manipulatrices qu’elle ne parvient pas à aimer, qu’elle ira jusqu’à maudire et à craindre, et qui causera sa perte.
Où la source de l’horreur se situe-t-elle ? En opposant à la personnalité pour le moins ambiguë de Kevin, les défaillances d’Eva - mère sans amour, qui ne remplit pas son rôle éducateur, ce film a le mérite d’aborder un sujet original et largement tabou : les difficulté que rencontrent certaines femmes au moment d’assumer leur statut de mère, conjuguées à une pression socio-familiale faisant que ce problème peut aboutir à des situations psychologiquement  ravageuses.
Mais We need to talk about Kevin se pose à la charnière entre plusieurs genres ; film dramatique à dimension sociale lorsqu’il nous montre le destin misérable d’Eva et le rejet collectif dont elle est l’objet, il se change en thriller familial proche du huis clos lorsqu’il se focalise sur le jeu malsain que développe le fils envers sa mère au fil des années.
On pénètre alors dans la psychologie de Kevin, dont l’attitude sadique, capricieuse et les pensées nihilistes en font depuis sa plus tendre enfance une caricature de gamin méchant et insupportable, doublé d’un véritable démon à l’intelligence machiavélique. L’enfant manipule son entourage dès sa naissance, et il semble que toutes ses actions, tout son développement personnel, de ses premiers mots à son éveil sexuel, soient dirigés vers un objectif : faire souffrir, pousser à bout sa propre mère. Du moins est-ce le point de vue adopté par la caméra, retranscrivant peut-être ainsi le souvenir subjectif de la mère. Mais c’est, dès lors, également celui proposé aux spectateurs.
Le film profite de la prestation idoine de ses principaux acteurs (Tilda Swinton et la révélation Ezra Miller en tête) ainsi que d’une très intéressante photographie (esthétique hypnothisante, presque bicolore avec des tons grisâtres interrompus fréquemment par un rouge vif symbolisant –un peu grossièrement – les thèmes de la violence, de la vengeance, des souillures provoquées par Kevin).
Cependant, il me semble que Lynne Ramsay se perd un peu lorsqu’elle prend le parti de retracer, tout au long du film, les méfaits de Kevin, à travers les souvenirs d’Eva. Le personnage de l’enfant, trop caricatural, nous laisse sur notre faim, là où on aurait aimé pénétrer plus en profondeur la psychologie d’Eva, les raisons de son rejet de l’enfant. Dans le même ordre d’idée, il est un peu dommage de se concentrer si exclusivement sur les flashbacks à l’ambiance de thriller, d’autant que le suspens est atrophié puisque l’on connaît déjà à l’avance le – tragique - dénouement de cette histoire dans l’histoire.
We need to talk about Kevin est donc un film intelligent et réussi, mais qui ne répond que partiellement à ses propres ambitions en se focalisant trop sur le personnage d’Eva et son regard subjectif sur son propre passé. Un travail plus nuancé sur Kevin (son évolution en prison) ou sur le mari d’Eva auraient, par exemple, pu apporter quelque chose et rendre ce film plus « entier ».
Pierre

vendredi 3 juin 2011

« Hors du temps …»


Hors-Satan est le sixième long-métrage de Bruno Dumont, en compétition au festival de Cannes 2011 dans la section Un Certain Regard.
Une fois n’est pas coutume, le dernier film de Bruno Dumont se situe dans le nord de la France.  En bord de Manche, sur la Côte d’Opale demeure un étrange Hermite qui vivote au milieu des dunes, braconne et fait des feux. Une jeune fille de ferme part à sa rencontre, le nourrit, passe du temps avec lui, prie et s’adonne à d’étranges rites mystique. 
 
Sorte d’exorciste de la monstruosité humaine, le personnage campé par David Dewaele prend sous son aile Aurore Broutin afin de l’initier à son art et de lui transmettre son pouvoir.  Les deux acteurs (qui sont comme d’habitude dans les films de Dumont des amateurs) sont magistraux, la caméra arrive à percer leurs coquilles afin capter l’once d’humanité qui réside dans ces visages monstrueux. La rencontre de ces deux personnages est prétexte à de longues errances à travers les dunes et marécages du nord, faisant tomber le film dans une sorte de pamphlet essentialiste, parfaitement mis en exergue par le traitement sonore : si les très rares dialogues sont à peine audibles, le bruit sourd du vent ou le clair clapotis d’une tasse de café qui se remplit transcende l’image et bouleverse notre rapport à la matière filmée.  
 
Il ne suffit que de quelques minutes pour retrouver ses marques dans l’étrange cinéma du philosophe lillois : Les gueules de ses protagonistes, l’ampleur des plans, la grisaille de la photo… C’est bien là que se trouve la limite d’Hors Satan, dans le jusque boutisme de sa mise scène. Le film est complètement dépouillé de narration, les plans n’en terminent plus laissant tout néophyte sur le bord de la route. Cela est d’autant plus étonnant qu’Hadewijch (dernier film en date de Bruno Dumont), tout en abordant un thème assez proche (le rapport à la foie) tissait un fil narratif plus solide que ce à quoi nous étions habitué.
Vous l’aurez compris, Hors-Satan radicalise le cinéma de Dumont ce qui en fait sa force et sa limite. Il permet au cinéaste de confirmer son engagement sur le front de la religion en même temps qu’il met en exergue les limites de sa mise en scène rigide pour ne pas dire faignante. 
Kévin Michel

Wu Xia, innovation de films d'arts martiaux chinois

Wu Xia, seul film chinois en sélection officielle au festival de Cannes, réalisé par Peter Chan, réalisateur de Hongkong, qui a étudié aux États-Unis où il a suivi des cours de cinéma à UCLA. Il retourne à Hong Kong en 1983 et commence à travailler dans l'industrie du cinéma. Il devient assistant réalisateur et producteur de Les Larmes d'un héros (Heroes Shed No Tears) réalisé par John Woo. En 1999, il part à Hollywood pour réaliser Destinataire inconnu (The Love Letter) dans lequel il dirige Kate CapshawEllen DeGeneres et Tom Selleck. Il remporte les prix de meilleur réalisateur et du meilleur film au Hong Kong Film Award en 1997 avec ComradesAlmost a Love Story et 2008 avec Les Seigneurs de la guerre.


Avant de regarder le film, j’avais parlé avec mes amis inasupiens qui l’avait déjà vu dans la première projection. Comme la plupart d’entre eux ont tombé dormir pendant la séance minuit qui est toujours « bad timing » pour la projection à Cannes, j’ai donc vraiment pas de grandes attentes pour ce film. Dans cette situation, ce film a quand même m’a impressionné après que j’ai vu la reprise du lendemain dans la salle du Soixantième.

Wu Xia suit le quotidien de Liu Jin-xi, modeste fabriquant de papier d’une petite ville de province en 1917 incarné avec sobriété par Donnie Yen. Sa vie bascule quand deux brigands braquent son épicerie. Lors d’un combat chaotique, il les tue accidentellement en se débattant maladroitement. Arrive alors un enquêteur (Takeshi Kaneshiro), qui a dû mal à avaler la thèse de l’accident, et pense que seul un grand expert en arts martiaux a pu terrasser les deux brutes. De petit à petit, a travers des petits détails dans la vie quotidienne, l’enquêteur commence à trouver le grand secret de l’identité de ce fabriquant de papier : en fait il était un tueur professionnel. A la fois, son père, la tête de l’organisation de tueurs, est en train de chercher son fils qui l’a quitté depuis des années. En bref, l’intrique est comment notre héro va se débarrasser de son ancienne identité (un tueur professionnel) pour continuer sa vie tranquille dans le petit village avec sa famille.


Teaser de "Wu Xia"

$21 million dollar, produit par WE PICTURES LIMITED, les images très belles, très poétiques composent un portrait d’un petit village dans la dynastie Qing de la Chine. En fait, ce qui m’impressionne n’est pas seulement ces belles images réalisées par Peter Chan, mais plutôt sa manière de traiter les arts martiaux chinois. Souvent les films des arts martiaux chinois sur l’écran sont très magiques, les gens ont toujours des super pouvoirs, ils volent comme ils veulent. Fatigué de images très clichées des arts martiaux chinois, Peter Chan veut les traiter a travers de perspective microscopique, de la science de médecine chinoise, afin de trouver une nouvelle manière de traitement des arts martiaux chinois. Si Wu Xia est indubitablement un véritable film d’action, on pourra d’abord saluer la vocation ludique de Peter Chan à déconstruire le spectacle inhérent au genre Wu Xia et à le rationnaliser un peu.




Soyons honnête, l’enquête qui suit, malgré une ou deux scènes rigolotes dues au regard perpétuellement candide de Takeshi Kaneshiro, ferait passer celle de Detective Dee pour un chef d’œuvre d’ingéniosité scénaristique au plus fervent détracteur du dernier Tsui Hark. On a ici le droit à une version Chinoise des Experts, avec l’acuponcture qui remplace l’analyse ADN. Les conclusions et les éléments de l’enquête sont aussi tirés par les cheveux que dans la série mais ce n’est pas le plus grave : Peter Chan emprunte aussi aux productions Bruckeimer sa mise en scène clipesque et épileptique, usant sans cesse de ralentis et d’accélérés que rythme une bande son assourdissante.


Detective Dee réalisé par Tsui Hark


Wu Xia ne soit ni violent ni réaliste, mais ces attributs sont atténués par l’humour et le merveilleux. Cette juxtaposition d’éléments hétéroclites donne une impression d’incohérence à un métrage, dans lequel les divers genres finissent par s’annuler au lieu de se mélanger.

Le film sortira bientôt en France, distribué par TF1 et UGC. The Weinstein Company (TWC) a acheté le droit de distribution internationale, en dehors de l'Asie et l'Europe de langue française.


Ruifang HUA

mercredi 1 juin 2011

Ma déception : L’Apollonide, souvenirs de la maison close.



Il y a des films qui nous attirent dès la lecture du titre,  ce fut le cas pour L’Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello. J’espérais que le film réussisse là ou la série Maison close de Canal + a échoué, nous proposer une vision intimiste, mais avec une intrigue forte mettant en valeur ses personnages féminins. Pour son cinquième film, Bonello nous ouvre les portes de L’Apollonide, maison close parisienne qui accueille tout le gratin parisien à la fin du XIXème siècle. Promesse de luttes de pouvoir, de jouissance, de drames humains et de questions politiques au sein d’un huis clos.
C’est une Sarah enthousiaste et optimiste qui s’est assise dans l’agréable fauteuil de la salle de la Soixantaine  du Festival de Cannes.  Si dès le début du long-métrage, je me suis laissée happer par la beauté du décor, de la lumière et des costumes, très rapidement, trop rapidement j’ai réalisé que le film ne relate pas grand chose. Certes,  la première partie du film avec la mutilation de Madeleine,  la prostituée la plus en vue de la maison, variation très visuelle de L’Homme qui rit de Victor Hugo, nous laisse penser qu’une intrigue forte va porter le film.  Et pourtant, elle est  mise de côté après seulement une demi-heure de film pour laisser place au quotidien des prostitués. Le personnage tragique et attachant de Madeleine, ne devient qu’un accessoire et laisse place à un film sensoriel sans véritable forme de narration.  Les autres prostitués ne sont que trop peu développées, elles ne deviennent qu’un corps sans profondeur. Deux ou trois détails les caractérisent et c’est bien trop peu pour s’attacher à ces femmes. Seulement,  la tenancière de L’Apollonide retient mon attention entre sa relation avec ses filles, son statut d’entrepreneur qui doit faire vivre sa maison close et la problématique d’une future fermeture. Malheureusement, le réalisateur ne prend pas suffisamment le temps de construire cette intrigue et ces rapports humains, préférant papillonner d’une fille à l’autre, d’une petite scène à une autre.
Si certains peuvent aimer la succession de tableaux, cela ne m’a personnellement pas suffit. Il y manque un souffle, une tension. Que cherche à nous raconter Bertrand Bonello ? Nous exposer une galerie de portraits,  nous montrer la vie difficile de ces femmes entre maladies, mutilations, drogues et relations sexuelles obligatoires. Comme si cette vérité nous était inconnue, tout l’intérêt était de la dépasser, de proposer davantage ou une vision différente. Je pense par exemple à la Vénus Noire de Abdellatif Kechiche qui suit Saartjie, sa vénus noire, dans l’enfer des maisons closes pendant une partie de son film.
Après deux longues heures le film se termine sur un message plus que douteux : « les putes c’était mieux avant » en filmant une prostituée sortant d’une voiture au bord d’une route de nos jours.  Quel est l’intérêt de nous montrer ces femmes du XIXème siècle  esclave  d’une  tenancière qui souffrent de nombreux maux, pour terminer son film sur cette vision. Le film se donne un air militant, peut-être pour ajouter une profondeur qui lui manque cruellement. 

C’est très bien d’avoir une identité visuelle, de travailler l’esthétique de son film mais y ajouter un brin de tension,  d’enjeux et qui sait même une histoire rendrait l’ensemble moins plat et inintéressant. La beauté d’un film n’empêche pas l’ennuie et j’ai pu vivre cette expérience devant l’œuvre de  Bertrand Bonello. La question de la prostitution en France et à travers son histoire mérite vraiment un film, malheureusement il ne s’agit pas du film de Bertrand Bonello. L’Apollonide, souvenir de la maison close est ma plus grosse déception cannoise. 
Sarah.

HABEMUS PAPAM, Nanni Moretti

Un habitué de la croisette, Nanni Moretti ? C’est peu dire, l’air de rien il présentait ici son sixième film en compétition au festival. Il est aussi un habitué des récompenses, après avoir reçu le prix de la mise en scène pour Journal Intime en 1994 , il reçoit en 2001 la palme d’or tant convoitée pour son magnifique film,La Chambre du Fils.

Après avoir critiqué Silvio Berlusconi dans Le Caïman en 2006 , le réalisateur italien Nanni Moretti revient au festival de Cannes avec un tableau au vitriol des mœurs du Vatican, transformé en maison de retraite pour vieux ecclésiastiques. Parmi ceux-ci, le cardinal Melville (Michel Piccoli, parfait en Pape désabusé) a le malheur d'être désigné pape. Il tombe immédiatement en dépression, ce qui provoque une crise majeure au sein du Saint-Siège. Si la charge est moins féroce qu'attendue, Habemus Papam demeure un beau portrait d'homme accablé par le pouvoir, qui prend la fuite devant les responsabilités.
Avec Habemus Papam, le metteur en scène italien réalise un film impressionnant à bien des égards. Etude de caractère, psychanalyse, comédie dramatique, il est difficile de caser Habemus Papam dans un genre bien précis tant il en côtoie. Ce qui apparaît en évidence, c’est la réflexion sur le poids du pouvoir et la peur de son exercice. En filigrane c’est une brillante analyse de l’âme humaine quand elle se retrouve face à une situation extraordinaire et un choix imposé, et comment la fuite peut devenir la plus belle des victoires, contre toute attente.

Cette œuvre se révèle être un monument de la satire calme qui tourne tout ce qu’il touche en ridicule, sauf ses personnages. Ainsi, tout le monde va en prendre pour son grade, et principalement les pratiques du Vatican, ainsi que la psychanalyse, les deux thèmes centraux du film. Et que dire de cette magnifique séquence où Michel Piccoli, monumental, pousse un cri de détresse au moment où son nom est annoncé aux milliers de fidèles présents devant le Vatican. C’est ainsi que le réalisateur développe son discours, par l’absurde, et ça fonctionne à la perfection. L’élection en elle-même est un pure moment d’humour vache, avec tous ces cardinaux à la foi inébranlable qui se mettent à prier pour ne pas être élus. Et c’est ainsi jusqu’au bout, et cela prend même une autre ampleur quand apparaît le psy, interprété par Moretti lui-même. Traité à la manière d’un huis clos, avec de vrais moments de tension équilibrés par un sens du grotesque stupéfiant, Habemus Papam dévoile peu à peu une profondeur inattendu, et qui doit énormément à son acteur principal, plus qu’à sa mise en scène de facture classique.

Avec cette œuvre, Moretti revient à la verve comique, sans pour autant abandonner la mélancolie de ses précédant films comme La Chambre du Fils ou Palombella Rosa où on découvre des personnages peu sur d’eux et perdus au milieu de la société.

On pourrait parler de film de la maturité, car Habemus Papam fait la jonction entre les deux faces du cinéma de Nanni Moretti, d’un côté un cinéma empreint de mélancolie et de l’autre celui plus burlesque.
On frôle parfois le grand cinéma fellinien, avec des envolées lyriques d’une extrême beauté.
Habemus Papam est un film juste, classique mais d’une puissance rare dans le cinéma actuel.

GIOVANNI VUOLO

On connait tous la chanson…

Les bien-aimés 
de Christophe Honoré

La recette d’une bonne comédie musicale est simple à suivre, il vous faut :

- Un bon réalisateur qui maitrise le genre : Un Christophe Honoré par exemple.
- Un compositeur de musiques originales et entrainantes : Au hasard…. Alex Beaupain.
- Des acteurs qui chantent justes et qui ont un sex appeal évident : Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Catherine Deneuve, Radivoje Bukvic, Chiara Mastroianni, Milos Forman…


Vous mélangez le tout avec des histoires sur l’amour, sur la maladie, sur la mort, sur la jalousie, sur le mensonge, sur l’envie… en bref sur la vie !

Et vous obtenez Les bien-aimés, film de clôture du Festival de Cannes, une œuvre touchante et mélodieuse. 

 
Pour résumé Les bien-aimés c’est :

-          deux époques : les années 60 et les années 90.
-          trois villes : Paris, Prague et Londres.

Dans les années 60, Madeleine, jeune vendeuse dans un magasin de chaussure de luxe parisien et fille de joie pour arrondir ses fins de mois, quitte Paris pour suivre son nouveau mari Jaromil pour vivre à Prague.  
L’arrivée des chars russes dans la ville marquera leur séparation et Madeleine rentrera en France….

Nous sommes à Londres, dans les années 90. Véra, la fille de Madeleine, tombe amoureuse d’un batteur américain Henderson qui, lui, se sent incapable de l’aimer…

Les deux femmes pétillantes et naturelles mettent ici en chanson, leurs sentiments, leurs histoires, avec une légèreté séduisante qui envoûte le spectateur du début à la fin.  

Christophe Honoré signe ici une nouvelle comédie musicale à la hauteur de ses précédents essais musicaux, Les chansons d’amour, La belle personne ou encore Non ma fille tu n’iras pas danser.

Une Ludivine Sagnier frivole et ingénue ; Une Catherine Deneuve extravagante, qui pour une fois, joue un rôle décalé et original ;  Un Louis Garrel peut-être moins charmant que d’habitude mais toujours aussi franc et arrogant.  
Nous ressortons de ce film, enjoué, le cœur gros et le sourire aux lèvres. Les mélodies qui trottent dans la tête, les paroles des chansons qui raisonnent et font écho aux histoires, déjà-vu peut-être, mais toujours aussi percutantes !

Pour ceux qui ne connaissent pas Christophe Honoré mais qui veulent le découvrir il faut avant tout aimer : le cinéma français, les films à consonance musicale, et l’amour bien évidement ! 


Mur.